Les exercices au piano
11 novembre 2008 | La vie du pianiste | 3 Commentaires | Par Pierre-Arnaud
Vous l’aurez reconnu : il s’agit bien de Czerny. Pourquoi Czerny? Czerny le compositeur a laissé 861 opus mais aujourd’hui les seules “œuvres” pour lequel il est resté célèbre sont ses exercices, qui ont martyrisé plus d’un pianiste en herbe. Permettez-moi de m’interroger sur ces fameux exercices, pas seulement ceux de Czerny mais aussi ceux des autres.
On me demande assez souvent quels exercices je conseille pour faire avancer la technique, et c’est un problème. Je n’en ai jamais fait, j’ai donc du mal à en voir l’utilité. J’avais à la maison les exercices de Cortot, mais je m’en servais comme source d’inspiration pour ses doigtés. J’ai pratiqué une ou deux semaines les 51 exercices de Brahms, lus quelques Hanon, mais je ne me suis jamais forcé à travailler tous les jours des exercices. Mes amis pianistes les conseillent souvent ou les donnent à leurs élèves, mais mis à part le fait que ces études sont courtes et donnent donc un objectif à court terme, quel est le réel bénéfice de ce travail?
La grande majorité des exercices donnés datent du dix-neuvième siècle. Si certains peuvent encore être d’actualité dans des cas précis, ces exercices ont été écrits pour des instruments qui sont complètements différents du piano moderne. La technique a également beaucoup évolué depuis Czerny ou Hanon, et naturellement ces exercices pianistiques ne traitent que des problèmes du répertoire de l’époque. Autrement dit, vous pouvez jouer tous les Hanon, je ne suis pas certain que ça vous aide beaucoup dans Gaspard de la nuit de Ravel par exemple.
Sorti du contexte historique ou de l’évolution du piano, j’ai toujours pensé que la technique au piano n’avait rien de sportif, mais provenait de l’observation et de la réflexion: un geste adapté à chaque chose. Partant de là, chaque passage technique est différent, et on ne peut jamais retrouver exactement deux fois la même chose. Il faudrait donc travailler toutes les combinaisons possibles pour que l’exercice soit complet, ce qui est bien entendu inimaginable. Ne vaut-il mieux pas tout simplement les difficultés directement dans le répertoire?
Répéter des formules, ou bien passer du temps sur des pages sans intérêt musical ne risque-t-il pas de faire fuir les jeunes musiciens ou de les faire se focaliser sur la technique plutôt que sur la musique? La technique doit rester en second plan, elle n’existe que pour réaliser l’idée musicale. Trop souvent je vois des gens essayer de résoudre un problème technique sans savoir quel est le but à atteindre.
Je ne sais vraiment pas quoi penser de ces exercices, même si, vous le voyez, je penche plutôt contre eux. Et vous, en avez-vous fait, vous ont-ils été utiles?










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Marc Says:
12 novembre 2008, 19 h 21 min
Très intéressant ce sujet, je ne suis qu’un piètre amateur, les exercices ne m’ont pas été utiles car quand je ne prends pas de plaisir ou quand je ne comprends pas ce que je fait…je le fait mal…
En même temps les morceaux du répertoire ne me permettent pas d’avancer sur ce que j’appellerais “les fondamentaux”. Par exemple difficile de conclure la première ballade de chopin sans avoir fait quelques gammes. De même j’ai souvent lu qu’il fallait faire du trille tous les jours pour qu’ils restent beaux. Personnellement j’essaye de maintenir un certain tonus digital par des séances d’improvisation où on va retrouver un peu de tout, des déplacements, des trilles, des passages de pouces, des trémolos, des octaves etc.
Comment faites-vous par exemple pour conserver un beau trille sur les 5 doigts et aux deux mains ?
Un trille 4-5 ne sert pas tous les jours et uniquement dans certains morceaux aussi c’est possible qu’on travaille un point technique juste avant la représentation du morceau mais cela me pose un autre problème, comment entretenir un répertoire dans la durée ?
Donc pour moi cela reste un mystère, je pensais qu’un pro fait une à deux heures d’exercices techniques par jour pour garder en mémoire tous les intervalles, tous les enchaînements possibles de 2 notes.
Puis que ces bases alliées à un très bon déchiffrage et une très bonne mémoire permettaient de dérouler la plupart des morceaux.
Ca a peut être du sens pour la musique vraiment classique pour laquelle la plupart des exercices ont été rédigés. Je crois que c’est prokoviev qui critiquaient vivement les compositeurs qui poursuivaient la continuité classique en utilisant des arpèges ou des gammes, il prenait un malin plaisir, je crois, à écrire de manière presque anti pianistique ou du moins non conformiste, anti conservatrice, de ce fait le Hanon ne doit pas beaucoup aider à jouer du prokoviev. C’est encore pire avec des oeuvres encore plus modernes, j’ai joué un peu de messiaen à l’orgue, le Hanon n’aide pas, le clavier bien tempéré non plus…
Donc pour conclure moi aussi je suis plutôt contre, enfin plus précisément je les préfères quand ils sont écrits en musique et non en exercices
Marc
denise mantion Says:
01 décembre 2008, 0 h 13 min
Bonjour, je suis très intéressée par votre blog que je découvre.Je suis pianiste “amateure”, d’un niveau que je pense honnête (niveau 6ème de l’Ecole Normale de Musique de Paris); or j’ai démarré vers l’âge de 8 ans, avec des exercices de Hanon-Czerny-Stamaty que je ne regrette pas, car c’est l’équivalent des exercices à la barre pour les danseurs : il faut bien s’échauffer et assouplir les mécanismes, acquérir une certaine dextérité…A présent, je travaille seulement la technique dans les oeuvres elles-mêmes, mais je conserve quelques exercices fétiches .Je ne comprends pas votre mépris pour ces études du XIXè siècle qui a vu s’épanouir les grands oeuvres du répertoire pianistique, Que faites-vous des études de Chopin, Liszt pour ne citer que les plus emblématiques de l’union de la musique et de la “technique”;il s’agit bien là d’études où l’aspect sportif est indéniable pour la plupart d’entre elles, ne vous en déplaise; l’observation et la réflexion, certes sont indispensables mais elles ne permettront jamais d’acquérir la maîtrise physique d’une oeuvre. “La sueur et les larmes” seront toujours le passage obligé, même si peu le reconnaissent. Même Richter avoue n’avoir pu venir à bout de certains préludes de Chopin…Bien sûr son niveau d’exigence devait être surhumain.
Pierre-Arnaud Says:
01 décembre 2008, 9 h 54 min
Chère Denise,
Attention je n’ai rien contre les études, surtout celles de Chopin, Liszt et des autres… Je n’en ai d’ailleurs pas parlé! L’apport de leurs études n’est pas à remettre en cause.
Quant à “l’aspect sportif”, je vois ces études non comme un moyen de faire du sport, mais comme une possibilité de réfléchir sur comment ne pas en faire.
Et pour “La sueur et les larmes” je suis d’accord…