La musique spectrale

2 avril 2007 | Théorie | Pas de Commentaire | Par Pierre-Arnaud

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La musique spectrale est un mouvement qui a vu le jour au début des années 70 notament grâce aux recherches de Gérard Grisey et Tristan Murail. Il s’agit d’une école esthétique dans le sens où suite aux travaux de leurs aînés, plusieurs compositeurs de la génération intermédiaire suivante y puisent plus ou moins leur inspiration (d’une façon ou d’une autre) : Philippe Hurel, Philippe Leroux, Marc-André Dalbavie, Jean-Luc Hervé, Thierry Alla, Fabien Lévy ou Thierry Blondeau en France ; Kaija Saariaho ou Magnus Lindberg en Finlande ; George Benjamin ou Julian Anderson au Royaume-Uni, pour n’en citer que quelques uns.

Mais quelle est cette technique de composition? La musique spectrale s’appuie sur la découverte de la nature du timbre musical et sur la composition du spectre - entité intégrant à la fois l’harmonie et le timbre - d’un son. Elle est une musique qui travaille sur la transformation du matériau sonore, grâce à des processus continus et en utilisant des techniques microtonales d’orchestration qui vont permettre une perception fusionnée (celle du timbre finalement). Tristan Murail, Gérard Grisey, Hugues Dufourt et Michaël Levinas développeront cette recherche, en y incorporant des techniques dérivées de l’analyse-synthèse par ordinateur, qui a permis de rentrer dans les détails de la représentation du timbre. Ils appliqueront ainsi à l’écriture pour instruments traditionnels des techniques découvertes en électroacoustiques telles que la compression de spectres, la modulation de fréquence, la boucle de réinjection, ou la réverbération. Stimmung de Karlheinz Stockhausen, Atmosphères de György Ligeti, Metastasis de Iannis Xenakis ou Mutations de Jean-Claude Risset sont des oeuvres qui ont fondamentalement influencé le courant spectral de part leur ambiguité entre harmonie et timbre.

Contrairement à d’autres compositeurs Gérard grisey a beaucoup théorisé sur l’école qu’il préferera appeler liminale (de limen: seuil), ses analyses restent circonspectes et l’analyse technique prévaut. Néanmoins on pourrait dégager un leitmotiv qui atteindrait son climax dans son positionnement envers la composition, composition qu’il rapproche du concept Deleuzien de la splendeur du On. Dans Tempus ex machina, il écrit: ” La composition de processus, écrit-il, sort du geste quotidien et par cela même nous effraie. Elle est inhumaine, cosmique et provoque la fascination du Sacré et de l’Inconnu, rejoignant ce que Gilles Deleuze définit comme la splendeur du On : un mode d’individuations impersonnelles et de singularités préindividuelles. ”

Le doute est donc jeté sur l’identité de l’être sonore et s’accentue avec la vision suivante de Grisey :” Le son, avec sa naissance, sa vie et sa mort, ressemble à un être vivant “, qui pose dès lors des questions analogues aux questions classiques de l’ontologie : ” D’où vient le son ? Où va-t-il ? Quel est son chemin ? Quelles sont ses bifurcations ? Dans quelle direction s’éloigne-t-il, ici, là ? “.

Bien plus qu’un courant fermé et une simple technique compositionnelle, la musique spectrale est une attitude. Un attitude résolument tournée vers l’avenir, sans dogme, ouverte au monde et au son, qui permet aux jeunes compositeurs d’explorer la pluralité des expressions musicales.

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